30 septembre, fin d'après-midi
On a quitté Pondichéry ce matin pour Trichy.
On replie les bagages et en route. 5 heures de bus. On croise celui que l'on nommera, faute de mieux, mon "ami écossais", déjà vu à l'ashram et au restaurant deux jours plus tôt.
Le contrôleur de l'immense, bruyante, surpeuplée, gare routière de Pondichéry nous accompagne jusqu'à notre bus, perdu, méconnaissable au milieu d'une bonne centaine d'autres bus, tous semblables... Non sans une petite blague au passage, concernant mon accent anglais que les indiens ne comprennent pas ! "Trichy girl", mon surnom de la journée !
J'ai beau jeu ensuite d'expliquer, très sure de moi, à mon ami écossais, que le bus pour Trichy est juste devant lui...
5 heures de bus, pour pas un rond. 5 heures de bus, et avant même le départ, une scène incroyable : à l'arrière du bus, un homme s'enroule la tête d'un turban, pose un pneu de camion sur sa tête et hisse le pneu sur le toit du bus. Huit pneus seront ainsi chargés. Déchargés en deux fois, quelques centaines de kilomètres plus loin. Amazing India !
On va partir. Ce qui n'était pas prévu c'est que l'on partirait sous une volée de sourires !
Une petite fille dans les bras de sa maman, venue accompagner de la famille, nous offre un merveilleux sourire d'adieu. Et quel sourire !
On la recroisera dix minutes plus tard, en bordure de la deux voies pour sortir de Pondi... elle nous appelle, nous salue et nous sourit !
Un très gros rayon de soleil pour commencer cette journée. Elle qui fait que j'ai aimé Pondichéry, que je lui pardonne son aspect occidental.

Pays des sourires magiques, donc.
Et des longs trajets en bus...
5 heures collés les uns aux autres, avec, constamment, les bruits des klaxons. Ils ne savent pas faire autrement. Ici, pas de rétro, ni de clignotant, donc on klaxonne quand on tourne, on klaxonne pour doubler, puis tout le temps que l'on met à doubler, et puis finalement on klaxonne pour dire qu'on roule ! (à chaque fois, dans les bus vociférants, j'avais une pensée pour mon papa, et son vieil adage : "tant que ça fait du bruit, c'est que c'est pas en panne"... sagesse de mon papa, vérifiée, éprouvée ici...)
Quant on ajoute à ça un certain tunning, genre sirène de bateau, on voit bien le tableau !
Dans le bus, on a tout le temps d'observer ; on a même que ça à faire ! J'observe donc...
Le contrôleur-poinçonneur fera tout le trajet dans le bus, distribuant, contre quelques roupies, ses morceaux de papiers recyclés.
Une femme refuse de s'asseoir aux côtés d'un homme, qui refuse de bouger lorsqu'elle lui demande. Après quelques gestes d'énervement, et en désespoir de cause, elle exige d'un jeune homme qu'il lui cède sa place. Il obtempère, pas très content quand même.
Mais peut-on refuser quoi que se soit à une femme indienne ? sauf à être le dernier des hommes ? Elles sont magnifiques ! Je ne peux pas expliquer ce qui fait cette beauté si particulière. Les saris avec leurs couleurs si vives, si contrastées, sur leurs peaux presque noires. Leurs longs cheveux nattés, les fleurs qui les parfument et les parent. C'est tout cela la beauté des femmes indiennes ; et quelque chose en plus. Question de maintient, de corps maitrisé, élégant.
On parvient à dormir pendant ces longs trajets ; par tranches de 5 ou 10 minutes.
La seule fois où je m'endors plus longtemps, c'est pour me réveiller peu après, en plein chaos indien : un embouteillage monstrueux. Je me dis qu'on est coincé pour les quelques heures à venir. C'est bien sur sans compter sur l'optimisme (la foi ? la folie ?) de notre chauffeur, qui, peut être pressé d'arriver, enclenche une vitesse et double absolument tout le monde, sur la voie pour ceux d'en face évidemment !
On est stoppé à un moment, c'était inévitable. Oui mais en plein milieu d'une voie de chemin de fer ! L'écossais devant moi résume la situation mieux que je ne saurais le faire : "This is NOT a place to stop !" Tu m'étonnes ! Il a l'air que je dois avoir aussi : de l'incrédulité pure !
Et, je ne sais toujours pas par quel miracle, on finit par arriver à Trichy. Vraie ville indienne.
On vient de manger à l'hôtel. Repas excellent, servi par un vieil homme qui nous livre sa vie entre les plats. Une vie d'ici. Birman de 76 ans, échappé de son pays il y a quarante ans.
Il nous offre son histoire et s'offre une pause avec deux enfants naïfs. Justin, vieillard merveilleux, qui raconte l'air de rien - au bout d'une table - une page d'histoire.
Il sourit quand il raconte ses enfants, sa fille à Madras qui vient le voir de temps en temps, sa jambe droite flinguée dans un accident. Ce vieil homme, qui peut à peine marcher, travaille - à 76 ans - le soir dans cet hôtel. Il rentre chez lui le matin vers 11 heures, en bus, 9 kilomètres. Et il revient le soir.
J'ai oublié mon cahier sur la table en allant me coucher. Il me le rapporte jusqu'à la chambre. Je m'entends lui dire que pour moi c'est important. Drôle d'occidentale !
Là ce soir, à mon petit bureau, trempée de sueur, je m'interroge.
Je n'ai pas pris la claque que j'attendais. Je ne me sens pas décalée, au contraire même, je suis plutôt à l'aise. Je n'ai pas peur... Il faut dire aussi que je ne suis pas malade, que je n'ai pas vu de rat courir sous mon lit, et que je me sers de mon binôme comme d'une assurance vie. Il faudrait juste que j'arrive à dormir !
Je m'interroge sur ce que j'ai vu déjà ; sur ma vie à moi, et celles que je rencontre ici.
A la maison j'ai un coffre rempli de paires de chaussures, toutes plus chères les unes que les autres. A 76 ans, après sa vie de trimard, Justin n'a pas en poche la moitié de la valeur d'une paire de lacets. Dois-je culpabiliser pour ça ? Chacun vit dans son temps, son espace. Plusieurs mondes cohabitent. Ma vie n'a rien à voir avec celle de la petite fille de ce matin ou du vieillard de ce soir. Belle journée d'ailleurs qui s'ouvre et se referme sur deux sourires et quatre générations.
On a quitté Pondichéry ce matin pour Trichy.
On replie les bagages et en route. 5 heures de bus. On croise celui que l'on nommera, faute de mieux, mon "ami écossais", déjà vu à l'ashram et au restaurant deux jours plus tôt.
Le contrôleur de l'immense, bruyante, surpeuplée, gare routière de Pondichéry nous accompagne jusqu'à notre bus, perdu, méconnaissable au milieu d'une bonne centaine d'autres bus, tous semblables... Non sans une petite blague au passage, concernant mon accent anglais que les indiens ne comprennent pas ! "Trichy girl", mon surnom de la journée !
J'ai beau jeu ensuite d'expliquer, très sure de moi, à mon ami écossais, que le bus pour Trichy est juste devant lui...
5 heures de bus, pour pas un rond. 5 heures de bus, et avant même le départ, une scène incroyable : à l'arrière du bus, un homme s'enroule la tête d'un turban, pose un pneu de camion sur sa tête et hisse le pneu sur le toit du bus. Huit pneus seront ainsi chargés. Déchargés en deux fois, quelques centaines de kilomètres plus loin. Amazing India !
On va partir. Ce qui n'était pas prévu c'est que l'on partirait sous une volée de sourires !
Une petite fille dans les bras de sa maman, venue accompagner de la famille, nous offre un merveilleux sourire d'adieu. Et quel sourire !
On la recroisera dix minutes plus tard, en bordure de la deux voies pour sortir de Pondi... elle nous appelle, nous salue et nous sourit !
Un très gros rayon de soleil pour commencer cette journée. Elle qui fait que j'ai aimé Pondichéry, que je lui pardonne son aspect occidental.

Pays des sourires magiques, donc.
Et des longs trajets en bus...
5 heures collés les uns aux autres, avec, constamment, les bruits des klaxons. Ils ne savent pas faire autrement. Ici, pas de rétro, ni de clignotant, donc on klaxonne quand on tourne, on klaxonne pour doubler, puis tout le temps que l'on met à doubler, et puis finalement on klaxonne pour dire qu'on roule ! (à chaque fois, dans les bus vociférants, j'avais une pensée pour mon papa, et son vieil adage : "tant que ça fait du bruit, c'est que c'est pas en panne"... sagesse de mon papa, vérifiée, éprouvée ici...)
Quant on ajoute à ça un certain tunning, genre sirène de bateau, on voit bien le tableau !
Dans le bus, on a tout le temps d'observer ; on a même que ça à faire ! J'observe donc...
Le contrôleur-poinçonneur fera tout le trajet dans le bus, distribuant, contre quelques roupies, ses morceaux de papiers recyclés.
Une femme refuse de s'asseoir aux côtés d'un homme, qui refuse de bouger lorsqu'elle lui demande. Après quelques gestes d'énervement, et en désespoir de cause, elle exige d'un jeune homme qu'il lui cède sa place. Il obtempère, pas très content quand même.
Mais peut-on refuser quoi que se soit à une femme indienne ? sauf à être le dernier des hommes ? Elles sont magnifiques ! Je ne peux pas expliquer ce qui fait cette beauté si particulière. Les saris avec leurs couleurs si vives, si contrastées, sur leurs peaux presque noires. Leurs longs cheveux nattés, les fleurs qui les parfument et les parent. C'est tout cela la beauté des femmes indiennes ; et quelque chose en plus. Question de maintient, de corps maitrisé, élégant.
On parvient à dormir pendant ces longs trajets ; par tranches de 5 ou 10 minutes.
La seule fois où je m'endors plus longtemps, c'est pour me réveiller peu après, en plein chaos indien : un embouteillage monstrueux. Je me dis qu'on est coincé pour les quelques heures à venir. C'est bien sur sans compter sur l'optimisme (la foi ? la folie ?) de notre chauffeur, qui, peut être pressé d'arriver, enclenche une vitesse et double absolument tout le monde, sur la voie pour ceux d'en face évidemment !
On est stoppé à un moment, c'était inévitable. Oui mais en plein milieu d'une voie de chemin de fer ! L'écossais devant moi résume la situation mieux que je ne saurais le faire : "This is NOT a place to stop !" Tu m'étonnes ! Il a l'air que je dois avoir aussi : de l'incrédulité pure !
Et, je ne sais toujours pas par quel miracle, on finit par arriver à Trichy. Vraie ville indienne.
On vient de manger à l'hôtel. Repas excellent, servi par un vieil homme qui nous livre sa vie entre les plats. Une vie d'ici. Birman de 76 ans, échappé de son pays il y a quarante ans.
Il nous offre son histoire et s'offre une pause avec deux enfants naïfs. Justin, vieillard merveilleux, qui raconte l'air de rien - au bout d'une table - une page d'histoire.
Il sourit quand il raconte ses enfants, sa fille à Madras qui vient le voir de temps en temps, sa jambe droite flinguée dans un accident. Ce vieil homme, qui peut à peine marcher, travaille - à 76 ans - le soir dans cet hôtel. Il rentre chez lui le matin vers 11 heures, en bus, 9 kilomètres. Et il revient le soir.
J'ai oublié mon cahier sur la table en allant me coucher. Il me le rapporte jusqu'à la chambre. Je m'entends lui dire que pour moi c'est important. Drôle d'occidentale !
Là ce soir, à mon petit bureau, trempée de sueur, je m'interroge.
Je n'ai pas pris la claque que j'attendais. Je ne me sens pas décalée, au contraire même, je suis plutôt à l'aise. Je n'ai pas peur... Il faut dire aussi que je ne suis pas malade, que je n'ai pas vu de rat courir sous mon lit, et que je me sers de mon binôme comme d'une assurance vie. Il faudrait juste que j'arrive à dormir !
Je m'interroge sur ce que j'ai vu déjà ; sur ma vie à moi, et celles que je rencontre ici.
A la maison j'ai un coffre rempli de paires de chaussures, toutes plus chères les unes que les autres. A 76 ans, après sa vie de trimard, Justin n'a pas en poche la moitié de la valeur d'une paire de lacets. Dois-je culpabiliser pour ça ? Chacun vit dans son temps, son espace. Plusieurs mondes cohabitent. Ma vie n'a rien à voir avec celle de la petite fille de ce matin ou du vieillard de ce soir. Belle journée d'ailleurs qui s'ouvre et se referme sur deux sourires et quatre générations.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire