mardi 2 octobre 2007

Carnet de route Inde du Sud - jour 6

Tanjore,
2 octobre,
Gandhi's Day

Levés 9 h, on fait nos sacs et on grimpe dans un bus, encore.
Bus "high tech" cette fois : sièges en moquette, surpeuplé et télé qui diffuse des films bollywood avec le son à fond. Insupportable ! Arrivés 1h30 plus tard, petit trajet.
On mange dans une cantine, un peu crado, mais repas excellent. On est rapidement rejoint par un groupe de jeunes lycéennes en excursion. Mon coéquipier en a du mal à finir son dosa !
Deux de ces jeunes filles viennent s'installer à notre table, tentative de discussion, avec elles deux puis avec le reste du groupe. On ne se comprend pas du tout, elles ne parlent pas anglais, ou à peine, et nous ne parlons pas hindi. On échange beaucoup de sourires, c'est universel.

On décolle sous un soleil de plomb (j'en ai encore des coups de soleil sur les avants-bras) pour visiter le Palais. Immédiatement en arrivant un groupe de touristes de Pondichéry fait de nous les mascottes de leur journée, ils ne nous lâcherons pas de la visite, une photo par-ci, une par-là, et pose avec moi, et aussi avec mon ami. Ils sont survoltés.
Ca n'arrêtera pas de la journée !

J'ai du mal à bien réaliser ce qui est arrivé aujourd'hui. Spécialement la seconde visite, celle du Temple, incroyable, de Tanjore. (on m'avait prévenu qu'il y avait quelque chose de spécial dans cette ville, je le comprends, je crois).


J'ai fait une belle rencontre. Une jeune fille, Abigaelle, quinze ans aujourd'hui. Elle me demande d'où je viens, me parle de son anniversaire, je lui souhaite. A ce moment là, elle ouvre sa main ; à l'intérieur un petit morceau de journal qui contient une poudre blanche. Elle me demande l'autorisation (que je ne comprends pas immédiatement) de m'apposer une marque blanche sur le front. "God bless you", en portant sa main à mon visage.
Je ne saurais pas dire à quel point son geste me touche, me bouleverse. "God bless you". C'est déjà fait. La marque qu'elle a posée sur moi, elle est là la bénédiction.

Je suis émue, presque absente à moi même pour le reste de la journée.

On va se poser quelques minutes dans le parc qui borde le Temple. Des familles sont réunies, assises par terre, à discuter, rire, jouer avec les enfants. C'est jour de Fête Nationale. Les adultes nous observent, n'osent pas nous approcher, mais voudraient bien parler avec nous. Ils nous envoient les enfants. D'abord un, puis deux, puis tout un groupe. On se retrouve encerclé très rapidement. Des hommes qui veulent juste nous serrer la main, assouvir leur curiosité en nous demandant d'où l'on vient. Echanger un mot, un sourire ou une blague à propos des enfants.

On vient de rentrer à l'hôtel. J'ai toujours ma marque sur le front. Après ma douche, elle sera dans mon esprit, dans mon coeur.
On ne m'a jamais autant sourit ou parlé, pour rien, pour le plaisir de le faire.

Six jours de périple seulement. Six jours, et déjà des tonnes d'impressions, de souvenirs (je ne sais pas ce qui restera plus tard de tout ce voyage, mais cette sensation aujourd'hui, d'être à ma place, ma juste place, cette sensation là, je ne l'oublierai pas de sitôt.)


Ce pays sature. Couleurs, odeurs, bruits, épices, sensations corporelles, mes pieds à même le sol. Ce n'est pas un détail que d'ôter ses chaussures à l'entrée des temples. Je comprends à quel point c'est nécessaire. En prise directe avec la terre, la nature et la pierre. On foule les années avec notre corps. Une vraie relation physique qui permet une plus grande ouverture psychique.

J'aime Tanjore.
J'aime l'Inde.

lundi 1 octobre 2007

Carnet de route Inde du Sud - jour 5

Trichy,
1er Octobre


La nuit a été horrible. Beaucoup trop chaud, trop moite. Erreur à ne jamais commettre : le ventilo n'est pas au dessus du lit mais à coté ; en gros il ne sert à rien !
Je crois que mon coéquipier n'a pas dormi du tout - moi 4 heures tout au plus.
Je sors prendre mon petit déjeuner, quand Justin, notre vieillard d'hier, m'annonce : "Today, big problem !", et il précise : "Big strike ! "
Une grève donc.
Pas de bus, pas de commerce, pas de lait, pas de thé. Rigolent pas les indiens en matière de grève !
Il me propose de me préparer "a special tea...", soit. Après j'irai voir un peu dehors, à quoi ça ressemble une grève ici.
Le "special tea" en fait c'est du gingembre à l'eau chaude. Il m'arrache le palais, la gorge... J'ose même pas penser aux autres effets possibles...

Et puis voilà, je suis sortie, voir un peu à quoi ça ressemble une grève en Inde. Tout, absolument tout est fermé. Pas moyen d'avoir une connexion internet, même pas moyen d'avoir un bon thé !
Je me suis retrouvée devant la gare routière, qui grouillait hier, où il était difficile de circuler tellement il y avait de monde. Aujourd'hui la gare est déserte. Je prends des photos. On doit pas être nombreux à avoir la gare de Trichy, vide, en photo !


J'ai pu accéder au meeting, après petite discussion avec deux policiers armés de baguettes de bois. Avec mon vieil argentique volumineux, ils m'ont prise pour une journaliste française. Je ne les ai pas détrompés... Je prends des photos du rassemblement, je ne comprends pas ce qui se dit, quelques journalistes indiens (des vrais, eux !) m'expliquent rapidement le problème : les revendications portent sur la répartition et la distribution de l'eau. Plusieurs orateurs se succèdent au micro.
Une chose est incroyable : ils s'expriment devant une place vide, dos tourné à la foule derrière eux. Des hommes et des femmes. Des drapeaux rouges avec faucilles et marteaux flottent partout. Ambiance de kermesse.


Je trouve finalement UN endroit ouvert... le seul endroit de la ville ouvert me semble-t-il... Ils appellent cet endroit "restaurant", en fait plutôt une cantine d'hôpital dans les années 60... Le thé est bon ; trop sucré, mais bon. Le serveur est pieds nus. Il porte un très joli calot noir.
Je suis l'attraction de la salle, comme d'habitude. Seule femme, seule occidentale. On me sourit en dodelinant de la tête. Tout le monde est absolument charmant avec moi. Les femmes me font de grands et francs sourires, les hommes gardent une certaine distance - réserve gênée.

On décide de changer d'hôtel - vraiment cette nuit aura été horrible - on mange vite fait et on tente, malgré la grève, de trouver un moyen pour se rendre à Rock Fort Temple. Et là, attention ! épopée !
Pour trouver un bus (il n'y en a eu qu'un seul cet après-midi là ! le nôtre !) on se fait aider par toute la gare. On ne nous comprend pas, personne n'a l'air de reconnaître le monument sur une carte... Finalement, juste à côté de nous ce bus qui semble fait pour nous, on grimpe. On verra bien ! Advienne que pourra !
Le contrôleur, un petit blagueur tente de nous arnaquer sur le prix du billet... avec un sourire désarmant, une bonne blague pour tous le bus ! Nous, tout le temps que dure le trajet, on est là à se demander si on doit en rire ou en pleurer... si on va dans la bonne direction, dans le bon sens, si, si, ... et les passagers nous sortent pratiquement devant le temple... On peut en rire !

Le Temple. On enlève nos chaussures, en prise directe avec la terre, la poussière et la pierre. On sent mieux les choses sans chaussures !
Le temple est impressionnant : taillé à même la roche, on monte comme on gravit une montagne. Et la vue tout en haut : incroyable. Je comprend comment sont faites les villes indiennes, mélange de chaos, d'anarchie, et de lignes pas tout à fait droites.


Au moment de rentrer, la journée épique reprend : trouver un bus qui nous ramène. On grimpe, moitié aidés par un indien, moitié au hasard. Je vais me demander tout au long du trajet si on va dans le bon sens... et à chaque fois c'est bon !
Le resto du soir ajoute encore au charme de cette journée...

Bref j'ai adoré Trichy !