mardi 18 novembre 2008

Inde du Sud - 2ème...

Je rentre de mon second périple en Inde du Sud... Tamil Nadu, Tamil Nadu, et uniquement le Tamil Nadu.
Terre de poussière et de boue, où le pire, toujours, côtoie le meilleur. Le touche, le frôle.

Un mois sur les routes défoncées, dans des carcasses de fer ; un mois à traverser de petites villes, d'une gare routière à l'autre. Un mois dans les "tea shop" les plus minuscules, ou les plus bruyants.
De Chennai à Madurai, des montagnes de Kumily aux rizières de Cudalore.

Un voyage partagé avec ma plus proche amie ; mais aussi avec des inconnus croisés quelques minutes dans une gare, dans un restaurant, au milieu d'une rue grouillante, ou dans un jardin verdoyant et silencieux ; avec d'autres, qui, rapidement, cessent d'être des inconnus. Deviennent pour un imperceptible moment votre reflet.

vendredi 18 juillet 2008

Poésie du soir

"ce matin"

Lorsque je me suis réveillée
je connaissais tout à coup les réponses
à toutes les questions
que je ne m'étais jamais posées
que je n'avais jamais posées même
aux autres

sois contente je me disais
tu es arrivée
là où personne n'avait rêvé
d'arriver

réjouis-toi je me disais
la voix étranglée de pleurs

maintenant j'ai oublié

Letitia Ilea,
poétesse roumaine.

dimanche 13 juillet 2008

Parcours croisés

A l'orée du bois, de l'art !

Randonnée Art contemporain
12 juillet - 24 Août

Sur les chemins de Cambremer et Saint Aubin sur Algot

En Normandie, en plein Pays d'Auge, et non loin de chez moi, une expérience artistique qui fait se répondre nature et installation d'oeuvres d'art.
Une balade de 9 kilomètres qui donne à voir le travail de cinq artistes, et de nombreux habitants des villages alentour.
Pour l'instant - vernissage samedi après une longue journée de travail - je n'ai pas fait l'ensemble du parcours ; un détour seulement d'une petite heure, un kilomètre, et cinq oeuvres.
La découverte d'une forêt d'ombres, panneaux gris sur lesquels sont dessinées des ombres blanches suspendues dans les arbres ; effet garanti ! Pour mettre un peu de distance entre l'oeuvre et moi, j'ai fait appel - instinctivement - aux paroles d'un autre : Villon, et sa "Ballade des pendus" :

"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis."


Et au bout du chemin dans son cadre d'arbres, "Les chevaux d'écume" ; sculpture à flanc de colline, face à la plaine. Là encore, saisie et sans voix, c'est un autre artiste qui me donne les mots à mettre sur mon émotion. La mort d'Hippolyte, le récit de Théramène...

Je rentre de cette balade, en compagnie de mon amie Ghislaine, amoureuse sérieuse de la nature, qui, entre deux oeuvres d'art, m'explique pourquoi elle aime tel arbre et le cuir laissé par les vaches qui viennent s'y frotter, telle prairie ou telle fleur, que sans elle je n'aurais pas vues.
Je rentre en pensant à ceux que je vais pouvoir conduire dans ces prés ; à ceux qui vont découvrir la nature normande au détour d'une oeuvre, et ceux qui vont s'ouvrir à l'art dans cet écrin naturel.

Travail de l'une des artistes invités : Maguy Seyer

Une sacrée bonne idée ces Parcours Croisés...

Toutes les infos : ici

samedi 19 avril 2008

Irlande du Nord

source image : wikimédia.

J'achève ma lecture du livre de Sorj Chalandon : Mon Traître.
Je l'achève tout juste, et déjà je sais, avec cette assurance inexplicable, que ce livre va compter dans ma vie de lectrice, mais aussi dans ma vie de citoyenne européenne.
Ce livre raconte la rencontre intime entre Antoine, le narrateur, jeune luthier parisien, derrière lequel se dissimule à peine Sorj Chalandon, et l'Irlande du Nord, et Belfast, et les catholiques du ghetto, et plus particulièrement "son traître", Tyrone Meehan, derrière lequel on voit clairement Denis Donaldson, traître à sa cause, à son pays, à ses amis pendant vingt ans de lutte.

Je ne connaissais rien de l'Irlande du Nord avant ce livre, et depuis, une sorte de frénésie me saisit. Je dois comprendre. Comprendre ce que raconte Chalandon, ces évènements qu'il a vécu là-haut. Ces évènements qui m'ont échappés.
Comprendre comment un homme de 27 ans, Bobby Sands, est mort de faim, pour la revendication la plus importante de sa vie : être reconnu comme prisonnier politique.
Comprendre comment un groupe de jeunes hommes, soldats de l'Irlande, ont trouvé la force pendant des années de refuser l'uniforme de prisonniers de droit commun de la prison de Long Kesh et ont vécu nu sous leurs couvertures. Comprendre comment le jour où l'on a refusé de vider leurs tinettes, ils ont décidé d'entrer dans une nouvelle phase de protestation : "dirty protest", ou protestation par la merde, qu'ils étalaient sur les murs de leur cellule. Comprendre comment on peut vivre plusieurs années, les pieds dans la pisse, le nez sur sa propre merde, sans visites, sans sorties, sans promenades, sans courriers.

Le livre de Chalandon nous entraine avec lui dans les rues de Belfast, nous fait pénétrer dans les pubs, on goûte avec lui la Guiness irlandaise, lourde, épaisse, amère. On écoute avec lui la musique irlandaise, et plus particulièrement cet hymne qui fait dresser les poils sur la peau, "la Chanson du Soldat", "Amhran na bhFiann".

Je ne suis pas ressortie indemne de ce livre. Et pourtant c'est peu de chose que mon expérience ici, comparée à celle de Chalandon, qui le dit lui-même, devenait de plus en plus irlandais.
Et puis il y a cette trahison, insupportable, intolérable, après le cortège de morts qui défile dans ce livre.

source image : wikimedia.

Alors depuis je regarde partout, tout ce que je peux trouver sur l'Irlande du Nord, sur Belfast. J'en rêve la nuit des rues de Belfast, Falls Road, ses murs, recouverts des visages des "martyrs". Je cherche ; qui était Bobby Sands, je fouille dans sa poésie, dans son journal pendant sa grève de la faim, qui le tuera.


Son journal qu'il ouvre par ces mots :
"I am standing on the threshold of another trembling world. May God have mercy of my soul"

et tout à la fin :
"If they aren't able to destroy the desire for freedom, they won't break you. They won't break me because the desire for freedom, and the freedom of the Irish people, is in my heart. The day will dawn when all of the people of Ireland will have the desire for freedom to show.
It is then we'll see the rising of the moon"
source image : wikimédia.

mardi 25 mars 2008

Retour de flamme

Il y a bientôt cinq mois que je suis rentrée de mon périple en Inde du Sud. Qu'en reste-t-il aujourd'hui, de ce mois ? Quelques photos, bien sûr ; encore des rêves, parfois, au cours desquels je déambule dans les rues de Tanjore ou de Kochi... et puis des anecdotes à raconter, et tout cet univers qui finalement, malgré tous mes efforts, s'éloigne de plus en plus ; se recouvre d'un voile d'irréalité, devient fumée, souvenir.
La nostalgie gagne. Le manque aussi.
Je regarde mes photos en boucle, accrochées aux murs de ma chambre, fond d'écran de mon pc, albums au fond d'un tiroir.
Certaines de ces photos contiennent des instants d'Inde. Des morceaux de temps et d'espace volés, figés sur papier brillant. Des moments où je ne m'appartenais plus.

dimanche 23 mars 2008

Carnet de route Inde du Sud

Je sens que le manque de l'Inde commence à s'installer.
A quelques détails précis, clairs et sans appel.

Comme cette envie, soudaine et impérieuse, de reprendre mon carnet de voyage du mois d'octobre.
Je vais donc le commencer ici.
Avec le décalage que suppose le retour à ma "vie" depuis plusieurs mois.