samedi 19 avril 2008

Irlande du Nord

source image : wikimédia.

J'achève ma lecture du livre de Sorj Chalandon : Mon Traître.
Je l'achève tout juste, et déjà je sais, avec cette assurance inexplicable, que ce livre va compter dans ma vie de lectrice, mais aussi dans ma vie de citoyenne européenne.
Ce livre raconte la rencontre intime entre Antoine, le narrateur, jeune luthier parisien, derrière lequel se dissimule à peine Sorj Chalandon, et l'Irlande du Nord, et Belfast, et les catholiques du ghetto, et plus particulièrement "son traître", Tyrone Meehan, derrière lequel on voit clairement Denis Donaldson, traître à sa cause, à son pays, à ses amis pendant vingt ans de lutte.

Je ne connaissais rien de l'Irlande du Nord avant ce livre, et depuis, une sorte de frénésie me saisit. Je dois comprendre. Comprendre ce que raconte Chalandon, ces évènements qu'il a vécu là-haut. Ces évènements qui m'ont échappés.
Comprendre comment un homme de 27 ans, Bobby Sands, est mort de faim, pour la revendication la plus importante de sa vie : être reconnu comme prisonnier politique.
Comprendre comment un groupe de jeunes hommes, soldats de l'Irlande, ont trouvé la force pendant des années de refuser l'uniforme de prisonniers de droit commun de la prison de Long Kesh et ont vécu nu sous leurs couvertures. Comprendre comment le jour où l'on a refusé de vider leurs tinettes, ils ont décidé d'entrer dans une nouvelle phase de protestation : "dirty protest", ou protestation par la merde, qu'ils étalaient sur les murs de leur cellule. Comprendre comment on peut vivre plusieurs années, les pieds dans la pisse, le nez sur sa propre merde, sans visites, sans sorties, sans promenades, sans courriers.

Le livre de Chalandon nous entraine avec lui dans les rues de Belfast, nous fait pénétrer dans les pubs, on goûte avec lui la Guiness irlandaise, lourde, épaisse, amère. On écoute avec lui la musique irlandaise, et plus particulièrement cet hymne qui fait dresser les poils sur la peau, "la Chanson du Soldat", "Amhran na bhFiann".

Je ne suis pas ressortie indemne de ce livre. Et pourtant c'est peu de chose que mon expérience ici, comparée à celle de Chalandon, qui le dit lui-même, devenait de plus en plus irlandais.
Et puis il y a cette trahison, insupportable, intolérable, après le cortège de morts qui défile dans ce livre.

source image : wikimedia.

Alors depuis je regarde partout, tout ce que je peux trouver sur l'Irlande du Nord, sur Belfast. J'en rêve la nuit des rues de Belfast, Falls Road, ses murs, recouverts des visages des "martyrs". Je cherche ; qui était Bobby Sands, je fouille dans sa poésie, dans son journal pendant sa grève de la faim, qui le tuera.


Son journal qu'il ouvre par ces mots :
"I am standing on the threshold of another trembling world. May God have mercy of my soul"

et tout à la fin :
"If they aren't able to destroy the desire for freedom, they won't break you. They won't break me because the desire for freedom, and the freedom of the Irish people, is in my heart. The day will dawn when all of the people of Ireland will have the desire for freedom to show.
It is then we'll see the rising of the moon"
source image : wikimédia.