dimanche 30 septembre 2007

Carnet de route Inde du Sud - jour 4 (2nde partie)

Trichy,
30 septembre, fin d'après-midi

On a quitté Pondichéry ce matin pour Trichy.
On replie les bagages et en route. 5 heures de bus. On croise celui que l'on nommera, faute de mieux, mon "ami écossais", déjà vu à l'ashram et au restaurant deux jours plus tôt.
Le contrôleur de l'immense, bruyante, surpeuplée, gare routière de Pondichéry nous accompagne jusqu'à notre bus, perdu, méconnaissable au milieu d'une bonne centaine d'autres bus, tous semblables... Non sans une petite blague au passage, concernant mon accent anglais que les indiens ne comprennent pas ! "Trichy girl", mon surnom de la journée !
J'ai beau jeu ensuite d'expliquer, très sure de moi, à mon ami écossais, que le bus pour Trichy est juste devant lui...
5 heures de bus, pour pas un rond. 5 heures de bus, et avant même le départ, une scène incroyable : à l'arrière du bus, un homme s'enroule la tête d'un turban, pose un pneu de camion sur sa tête et hisse le pneu sur le toit du bus. Huit pneus seront ainsi chargés. Déchargés en deux fois, quelques centaines de kilomètres plus loin. Amazing India !
On va partir. Ce qui n'était pas prévu c'est que l'on partirait sous une volée de sourires !
Une petite fille dans les bras de sa maman, venue accompagner de la famille, nous offre un merveilleux sourire d'adieu. Et quel sourire !
On la recroisera dix minutes plus tard, en bordure de la deux voies pour sortir de Pondi... elle nous appelle, nous salue et nous sourit !
Un très gros rayon de soleil pour commencer cette journée. Elle qui fait que j'ai aimé Pondichéry, que je lui pardonne son aspect occidental.


Pays des sourires magiques, donc.
Et des longs trajets en bus...
5 heures collés les uns aux autres, avec, constamment, les bruits des klaxons. Ils ne savent pas faire autrement. Ici, pas de rétro, ni de clignotant, donc on klaxonne quand on tourne, on klaxonne pour doubler, puis tout le temps que l'on met à doubler, et puis finalement on klaxonne pour dire qu'on roule ! (à chaque fois, dans les bus vociférants, j'avais une pensée pour mon papa, et son vieil adage : "tant que ça fait du bruit, c'est que c'est pas en panne"... sagesse de mon papa, vérifiée, éprouvée ici...)
Quant on ajoute à ça un certain tunning, genre sirène de bateau, on voit bien le tableau !

Dans le bus, on a tout le temps d'observer ; on a même que ça à faire ! J'observe donc...
Le contrôleur-poinçonneur fera tout le trajet dans le bus, distribuant, contre quelques roupies, ses morceaux de papiers recyclés.
Une femme refuse de s'asseoir aux côtés d'un homme, qui refuse de bouger lorsqu'elle lui demande. Après quelques gestes d'énervement, et en désespoir de cause, elle exige d'un jeune homme qu'il lui cède sa place. Il obtempère, pas très content quand même.
Mais peut-on refuser quoi que se soit à une femme indienne ? sauf à être le dernier des hommes ? Elles sont magnifiques ! Je ne peux pas expliquer ce qui fait cette beauté si particulière. Les saris avec leurs couleurs si vives, si contrastées, sur leurs peaux presque noires. Leurs longs cheveux nattés, les fleurs qui les parfument et les parent. C'est tout cela la beauté des femmes indiennes ; et quelque chose en plus. Question de maintient, de corps maitrisé, élégant.

On parvient à dormir pendant ces longs trajets ; par tranches de 5 ou 10 minutes.
La seule fois où je m'endors plus longtemps, c'est pour me réveiller peu après, en plein chaos indien : un embouteillage monstrueux. Je me dis qu'on est coincé pour les quelques heures à venir. C'est bien sur sans compter sur l'optimisme (la foi ? la folie ?) de notre chauffeur, qui, peut être pressé d'arriver, enclenche une vitesse et double absolument tout le monde, sur la voie pour ceux d'en face évidemment !
On est stoppé à un moment, c'était inévitable. Oui mais en plein milieu d'une voie de chemin de fer ! L'écossais devant moi résume la situation mieux que je ne saurais le faire : "This is NOT a place to stop !" Tu m'étonnes ! Il a l'air que je dois avoir aussi : de l'incrédulité pure !
Et, je ne sais toujours pas par quel miracle, on finit par arriver à Trichy. Vraie ville indienne.

On vient de manger à l'hôtel. Repas excellent, servi par un vieil homme qui nous livre sa vie entre les plats. Une vie d'ici. Birman de 76 ans, échappé de son pays il y a quarante ans.
Il nous offre son histoire et s'offre une pause avec deux enfants naïfs. Justin, vieillard merveilleux, qui raconte l'air de rien - au bout d'une table - une page d'histoire.
Il sourit quand il raconte ses enfants, sa fille à Madras qui vient le voir de temps en temps, sa jambe droite flinguée dans un accident. Ce vieil homme, qui peut à peine marcher, travaille - à 76 ans - le soir dans cet hôtel. Il rentre chez lui le matin vers 11 heures, en bus, 9 kilomètres. Et il revient le soir.
J'ai oublié mon cahier sur la table en allant me coucher. Il me le rapporte jusqu'à la chambre. Je m'entends lui dire que pour moi c'est important. Drôle d'occidentale !

Là ce soir, à mon petit bureau, trempée de sueur, je m'interroge.
Je n'ai pas pris la claque que j'attendais. Je ne me sens pas décalée, au contraire même, je suis plutôt à l'aise. Je n'ai pas peur... Il faut dire aussi que je ne suis pas malade, que je n'ai pas vu de rat courir sous mon lit, et que je me sers de mon binôme comme d'une assurance vie. Il faudrait juste que j'arrive à dormir !
Je m'interroge sur ce que j'ai vu déjà ; sur ma vie à moi, et celles que je rencontre ici.
A la maison j'ai un coffre rempli de paires de chaussures, toutes plus chères les unes que les autres. A 76 ans, après sa vie de trimard, Justin n'a pas en poche la moitié de la valeur d'une paire de lacets. Dois-je culpabiliser pour ça ? Chacun vit dans son temps, son espace. Plusieurs mondes cohabitent. Ma vie n'a rien à voir avec celle de la petite fille de ce matin ou du vieillard de ce soir. Belle journée d'ailleurs qui s'ouvre et se referme sur deux sourires et quatre générations.

Carnet de route Inde du Sud - jour 4 (1ere partie)

Trichy,
30 septembre, fin d'après-midi

J'hallucine quand je réalise qu'il ne s'est passé que trois jours depuis notre "traversée héroïque" mais tout à fait inconsciente de la voie rapide !

Après la traversée, le train et les deux heures de marche à la recherche d'un bus que l'on n'a jamais trouvé, on a fui directement à Pondichéry.
3 heures de bus déglingué et surpeuplé, mais franchement pas cher !

J'oublie de dire l'hallucination mortellement drôle de mon baptême de "rickshaw". 1er conducteur fameux ! Ca passe entre les camions, le buffle, les vélos, les piétons à 100 à l'heure.
Rien pour se protéger, deux minuscules barres métalliques ; et des gens partout.
J'étais tellement fatiguée que je n'ai pas eu la présence d'esprit d'avoir peur. Incroyable.

3 heures de bus, donc. Arrivée à Pondichéry la tête à l'envers, mal dans le cou, dans les muscles et dans les os.
On a marché sous un soleil de plomb pendant deux kilomètres, traversé la partie indienne de la ville, passé le canal (ah les canaux indiens !) pour enfin atteindre la mer. La mer... La Mer du Bengale. Folie de toujours vouloir atteindre la mer.


On s'est dégotté une chambre dans un ashram, ici on s'offre le luxe d'un endroit au calme, petit jardin zen, balcon sur les vagues, et même de l'eau chaude dans la douche (profite petite voyageuse débutante...)
Je note le numéro et le nom de la chambre pour ne pas oublier : chambre 49, "Solitude", tout un programme !

J'ai ressenti le besoin, impérieux, d'un contact avec la France, avec les miens. Un mail, et une bouffée d'émotion à la lecture de tous les messages de mes "correspondants de l'ouest". De l'amour donné en quatre phrases. Je le reçois cet amour, assise là dans le cyber climatisé de Pondichéry, je le reçois et il me blesse presque tellement il est violent.


Hier, samedi 29, journée monumentale ! j'étais pas remontée sur un scooter depuis mes 16 ans ! et j'avais oublié que ça pouvait être si drôle... une fois évacuée l'idée que l'on va mourir sur une route de campagne indienne !
En route pour Auroville.
Auroville, ou l'utopie occidentale... mais l'utopie ne vieillit pas bien. Soyons clair : c'est une communauté de blancs, conçue par les blancs, pour les blancs, les indiens, les "locaux" comme on les appelle avec un mépris intolérable ne sont acceptés ici que pour servir, ils n'ont même pas le droit d'encaisser le prix de mon "black tea". Ce n'est pas l'Inde, pas celle que je veux voir.

Malgré son apparence fanée, defraîchie, j'ai aimé être à Pondichéry pendant ces deux jours. Une entrée en matière... Mon coté "M.Duras"...

samedi 29 septembre 2007

Carnet de route Inde du Sud - jour 3

Pondichéry,
29 septembre, matin 8h30.

Je ne parviens pas à dormir. Pas longtemps. Je suis réveillée très tôt le matin.
Besoin de récupérer pourtant. La journée d'hier a été épuisante.
Après l'aéroport, départ pour la ville de Madras. Marcher avec le sac à dos qui pèse une tonne, dès lors que l'on a pas dormi depuis 20 heures ; couper une voie rapide, 3 voies de chaque côté, pas tout à fait jour, et sans vraiment savoir où l'on va...
On a choper le premier train venu. La première proximité avec les indiens. On m'a dévisagée pendant 30 minutes. Grand moment de solitude, je ne sais pas si je suis assise à une mauvaise place, si j'ai le droit, seulement, de m'assoir ici...
Et puis arrivée à Madras...

Je suis fatiguée. J'ai envie d'avoir des nouvelles de chez moi. D'en donner aussi. Pouvoir leur dire ce que j'ai vu déjà et ressenti.

jeudi 27 septembre 2007

Carnet de route Inde du Sud - jour 1

Aéroport de Madras,
27 septembre, 2 heures du matin.
(couchés devant l'aéroport, en attendant le petit matin et le début du jour pour prendre le train de banlieue vers Madras)

Mon corps est bien arrivé en Inde. Mon cerveau ne devrait pas trop tarder à suivre.
Je suis déconnectée. Je ne sais plus quel jour, quelle heure.
Il fait lourd. Pleine nuit, 25 °. La pluie a du mal à rafraichir l'atmosphère.

Vautrée à côté de l'aéroport.
En face de moi deux femmes et une petite fille. Déjà un semblant de dialogue fait de sourires et de gestes.
Ces femmes sont bien habillées, elles portent des bijoux ; elles sont belles. Pourtant, comme moi, elles sont couchées par terre. La petite fille, six ans au plus, a du s'endormir maintenant.


Pourquoi sont-elles ici ?
Tout à l'heure en sortant de l'aéroport, le nombre de personnes couchées dehors, endormis, à même le sol ; et maintenant, face à moi, ces deux femmes.
La fatigue nous gagne toutes les trois. Echange de regards.

Il fait nuit, je ne vois rien au delà du parking, plein de taxis.


L'orage et ses éclairs me laissent deviner régulièrement l'ombre d'une colline face à moi. Rien d'autre.
Il semble aussi qu'il n'y ait qu'une seule race de chiens en Inde. Des chiens et des corbeaux.

Je suis fatiguée. Mon corps accuse les dix heures d'avion et la fête du départ. Je suis là sans y être ; je commence à comprendre que je vais vraiment passer un mois ici.
Mais quand dorment-ils ? Il est 3h00, et toujours autant de monde partout !